Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste

 

LA LUNE NOIRE alias LILITH
Lilith

La Lune Noire, c'est d'abord un phénomène astronomique. Voyons cela.

Contrairement à ce qu'on croit, l'orbite de la Lune n'est pas circulaire mais elliptique. Une ellipse possède trois centres: un lié à la terre, les autres sont des points virtuels situés dans le vide (Une orbite, quelle qu'elle soit est toujours virtuelle. Elle n'a aucune réalité matérielle. Elle est dans le rapport entre les éléments). Pourtant, ces points n'en sont pas moins essentiels dans l'équilibre Terre-Lune. La vitesse de la Lune est irrégulière ainsi que sa distance de la Terre. Tout cela dépend de nombreux facteurs. On sait aujourd'hui qu'elle ralentit en direction de l'apogée et augmente sa vitesse en redescendant, ce qui est normal puisqu'en s'éloignant, elle "tire" sur la gravité qui la ramène en descente de plus en plus rapidement. C'est ce phénomène qui donne à l'orbite une forme ovoidale - d'où l'idée d'oeuf cosmique _et qu'on verra ensuite dans une grande quatité d'oeuvres religieuses en devenant une "Amande Mystique"

Le comportement lunaire a été observé pendant des millénaires. Les Hommes se sont forcément interrogés sur les nombreuses variations du luminaire nocturne. Tantôt très gros parce que proche (au périgée), tantot très petit car lointain (à l'apogée), de forme lumineuse variable mais répétitive. J'imagine que les Anciens n'avaient pas dans l'idée qu'il s'agissait d'un satellite, mais ils ont vite compris qu'elle faisait couple avec le Soleil et en réfléchissait la lumière. Ce qui, dans le système de pensée analogique etait interprété comme "mâle" pour le soleil, et "femelle", pour la Lune. C'est à dire un principe émetteur, le second récepteur et réfléchissant. Leur observation s'est beaucoup affinée dans le temps, jusqu'a percevoir certaines abstrations. Évidemment, hier comme aujourd'hui, ces données n'étaient pas compréhensibles par tout le monde et lorsque les sages d'antan devaient expliquer les choses, ils se servaient de paraboles et d'analogies. Mais de toutes manières, c'était là leur manière de penser. De là les légendes, dont celle de Lilith, qui nous occupe présentement. Et nous allons voir que cette légende en dit long sur leur connaissance (intuitive ?) du phénomène.

En ce qui concerne le dialecte astrologique, on notera que Lilith=loin=lent est à l'apogée tandis que le Priape=proche=proliférant est au périgée. Il correspond aussi à la corne d'abondance. On retiendra que l'apogée=Lilith est suppressif, alors que le Périgée=priape est à l'inverse, un trop-plein.

Ellipse

L'ellipse, contrairement au cercle, possède trois centres. Le premier est lié à la Terre. Le second est au centre de l'éllipse. C'est lui qu'on appelle "Hécate". C'est un point fictif sans existence matérielle, mais qui est d'une importance primordiale dans l'équilibre Terre-Lune. Le troisième point est le centre de l'apogée et c'est lui qui donne son nom à la "Lune Noire, tandis que l'apogée elle même prend le nom de Lilith. L'orbite de la Lune variant constamment, les astronomes ont été contraints de définir une orbite statistique dite "vraie". Si nous relions le périgée à l'apogée, nous obtenons un axe qui passera par le périgée, le centre de la Terre, le centre de l'ellipse, le second foyer et l'apogée :

Ellipse

Vus de la terre, les cinq points pourtant distincts sont confondus. Ce sont eux que les tables appellent "Lune Noire". Leur longitude est la même.
Rappelons que la Lune est dans une position de gravitation par rapport à la Terre, situation étrange de chute perpétuelle vers notre planète, elle-même toujours hors d'atteinte du fait qu'elle se déplace. Par conséquent, on peut parfaitement parler de haut et de bas, puisque c'est l'attraction terrestre qui est dominante. Le diagramme peut donc etre posé comme suit :

gravitation

C'est ce dispositif qui va permettre un nouvel éclairage de la légende de Lilith. En effet, la Lune à son apogée est en situation potentielle d'échapper à l'attraction terrestre. Telle les manèges de fête foraine, elle ralentit en haut de sa course, parait vouloir s'immobiliser puis, lentement, amorce sa redescente, accélère de plus en plus, passe en trombe sous la terre pour resurgir de l'autre côté où le cycle recommence. L'Apogée est le point de tension maximal du couple Terre-Lune. Le point où elle pourrait s'arracher et se libérer. Étant donné le déplacement de la Terre pendant ce temps, ce qui pourrait être un cycle devient une spirale. Notons la chose. Elle est d'importance.

ellipse

L'autre fait est que les anciens -toujours intuitivement et par la vertu du cerveau synthétique - pensaient que la Lune était à l'origine de la vie sur terre. En effet, contrairement au cercle où il s'agit de la répétition éternelle d'une même chose, l'ellipse induit les rythmes complexes, donc des variations facilement observables. Par conséquent, ils en déduisaient que si la Lune parvenait à s'échapper, s'en serait fait de la vie sur terre. Cette menace est incluse dans la légende. Lilith refusant le "Ha Adam" est menacée de ne jamais avoir de progéniture (pas d'avenir). Par conséquent, elle fait demi tour et vient se jeter dans la mer, ce qui est conforme aux craintes qu'on pourrait avoir au Perigée. En effet, par sa proximité avec la Terre, le satellite pourrait s'y écraser, provoquant une immense marée. Ce qui est presque le cas deux fois par an, aux équinoxes. Bien entendu, cette histoire de Lilith est celle d'une virtualité potentielle, mais elle n'est visible QUE par l'esprit et c'est là ce qui en fait sa valeur et lui donne son sens. Ainsi, il y a deux visions possibles de l'astre de la nuit : observation directe de son lien avec la vie, par les cycles menstruels et les marées, par exemple. Il s'agit bien de la Lune-Isis-Eve-Marie. Mais aussi par l'observation indirecte, abstraite, uniquement concevable par l'esprit. C'est Lilith et elle seule. Et si on l'assimile depuis la nuit des temps à la chouette, c'est parce qu'elle voit la nuit, pendant que tout le monde dort.

lumiere

On imagine qu'au cours des millénaires, le concept "Lilith" a beaucoup évolué. Il faut dire qu'il n'est pas si simple à saisir, car tout dépend du point de vue où l'on se place. Ce qu'on peut retenir est qu'il est inséparable d'une notion de renversement et d'inversions des valeurs. Ce qui en fait une entité obscure, comparable à la nuit. Donc à l'inconscient.

Il faut peut être ici redire que la notion d'être humain ne se définit que par rapport à la pensée. C'est la pensée qui fait l'Homme et non l'inverse. En tous cas pour les anciens. Ces mêmes anciens ont remarqué que la pensée était constituée de deux pôles inverses et tout aussi nécéssaires : la faculté d'analyser, séparer, démonter, dissoudre, qu'ils ont comparé à l'acide; et la faculté inverse de reconstituer, rassembler, unifier, donc de synthétiser, créer et - on le verra par la suite- de "précipiter". Ces deux facultés sont absolument indispensables. Il s'agit de discerner, puis de rassembler. Si l'on rajoute à cela la possibilité d'identifier chaque élément et de le nommer, on peut en déduire que le Verbe est créateur. Puisqu'il vient de sortir "la chose" du néant indéfini pour la faire exister à notre entendement.
Une précision est cependant nécéssaire. Le conscient analytique ne procède pas du tout comme l'inconscient synthétique. Le premier est fondé sur la différenciation et utilise "ce qui ne se ressemble pas", tandis que l'inconscient utilise l'analogie - ce qui se ressemble, d'une manière ou d'une autre. Ce langage est quasi incompréhensible pour l'analytique, parce qu'il porte toute son attention sur ce qui différencie. Un analytique vous dira toujours que "ceci n'a aucun rapport avec cela". Alors que le synthétique vous clamera que "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas".

Oeuf cosmique

La définition adéquate de Lilith n'est pas la plus ancienne. Il a fallu beaucoup de temps pour en définir les contours. D'autant qu'a un concept finalement abstrait, on a rajouté ici et là un décor émotif très variable, fondé surtout sur la crainte de l'inconnu.

La première mention du personnage de Lilith remonte au mythe Nanne et l'arbre huluppu, relaté dans la tablette XII du mythe Gilgamesh, Enkidur et le Kur3. Cette tablette, qui date de 2000 av. J.-C.4, a été retrouvée à Ur, cité mésopotamienne actuellement en Irak, dont serait originaire Abraham selon la tradition de la Torah, de l'Ancien Testament et du Coran.
Le nom de LILITH en Sumérien est la contraction de Ki-sikil et Lil-là = femme de l'air. Elle devient Lili_itud en Akkadien (itud etant la Lune).Tandis que la légende s'affine, elle rencontre Isis l'égyptienne puis, à partir de l'Ancien Testament (en -700 ) prend définitivement le nom de Lilith avec les Hebreux. Le mythe va se transmettre quasi identique, pendant 2500 ans faisant de Lilith la première femme d'Adam, avant Eve, devenue "esprit du mal", avec sa cohorte démoniaque.

Or, la méthode synthétique, qui consiste à amalgamer tout ce qui peut etre similaire constitue un terrain certes riche, mais souvent très confus. En exemple la double histoire de la "naissance de l'Homme" dans l'Ancien Testament. Dans un premier temps, l'Éternel - entendre l'Éternité - crée "Ha Adam ", LE Adam, de Adama, la planète Terre). Il crée donc le Terrien. Mâle et femelle il les crée. Pas de problème.
Il le fait même "à son image", a sa ressemblance. Il s'agit bien d'analogie synthétique....

Mais le Terrien n'est pas l'Homme. Ce Terrien est une espèce parmi les autres. Et comme telle est soumise aux lois des espèces selon Darwin : "prolifères, envahis tout et que le plus fort gagne ".

Dans la seconde version de ce qui parait être la meme histoire, en réalité, il s'agit de toute autre chose. Il s'agit de la naissance de ce qui fait la spécificité humaine : la pensée. Et là, Il ne s'agit plus de "personnes", mais de fonctions. Pour la mentalité ancienne, ce qui est paralelle est identique. Et, ma foi, ce n'est pas faux non plus. Il s'agit de bien lire le texte. Le Adam du second texte est un gardien. Gardien et jardin sont de meme etymologie. Il s'agit de conservation. La premiere action du Adam (qui n'a pas encore d'Eve) est de nommer les animaux. Là encore confusion possible selon le lecteur. Les "animaux" sont aussi ce qui anime, d'où le mot "âme" va surgir. Anima en latin. Mais il est clair que ce "nommeur", même au plus bas de ce qu'on peut en penser, sait distinguer une girafe d'un phoque. Il est par conséquent l'approche de la pensée analytique. Or il lui manque une donnée essentielle, fondamentale : la mémoire. La conservation des informations. Et par analogie avec la Lune, qui reflète la lumière du soleil, il n'est pas possible de réfléchir si on ne conserve pas l'information. Ainsi, toute nouvelle situation peut se confronter à ce qui est mémorisé et on peut en déduire une solution. La culture vient de naître ! Enfin, elle naitra dès que Eve sera là. Ensuite tout coulera de source.

Signalons au passage que dans cette seconde version, où elle trouve son nom d’Ève, la femme est conçue à partir d’une côte prise sur le corps d’Adam7. Ce récit est visiblement plus ancien que le premier et proviendrait de la source yahwiste avant l'exil à Babylone (avant l'an -587). Dans L'histoire commence à Sumer, Samuel Noah Kramer montre que cette légende est d'origine sumérienne, où les mots « vie » et « côte » sont par ailleurs quasi homophones, alors qu'ils ne le sont plus en hébreu.

L'apparition d'Eve va conduire à l'imagination. Donc à l'invention, la création. Et un grand tombé de l'armoire ! Car l'aventure ne fait que commencer, par la prise de conscience!

Notre-Dame