Second Life

Au commencement (suite)

Chateau dans le ciel

Après quelque jours d'exploration, un constat s'impose : ce monde déjà fort construit est quasiment vide. Partout où je vais, je ne vois personne. Je remarque un onglet "map", sur lequel je clique. C'est la carte du second monde. En la rétrécissant je peux constater la vastitude du territoire par endroit constellé de petits point verts.
Des gens! Quand je clique il s'inscrit : people. People who need people. Je clique sur un point vert puis sur : téléportation Bruit de vent. Curseur de progression. Boum. J'atterris sur un avatar assis sur un banc.

Bruxelles

J'explore le lieu. Nous sommes à Bruxelles. La grand Place est truffée de magasins. On y vend de tout, mais plutôt féminin. (Non que les femmes soient plus nombreuses que les hommes : elles achètent plus). Je comprends qu'on peut tout acheter : un corps de rêve, des cheveux, des vêtements, des chaussures, des sexes qui jouissent d'autres pas, des voitures, des maisons, des châteaux et des terrains vides. On peut même parler à des gens qui ne répondent pas. Ou qui ne parlent pas la même langue, pour qui il est deux heures du matin alors que chez soi il est 14h. Je m'assois sur le banc, un peu soufflé de mes découvertes. Vient se poser délicatement une créature de rêve.

Alex

Je ne sais pas encore que ce genre de corps se fabrique. Je ne me pose même pas la question. Je suis admiratif. Aujourd'hui je peux soit l'acheter, soit me le faire moi-même. mais quelle maîtrise il faut! Quel travail minutieux. Quelques créateurs se sont spécialisés dans la fabrication de corps, comme Naela Carter. Une merveille qui vaut bien Botticelli !!!! Un corps comme celui là vaut dans les 2000 $L, soit 6 euros environs.

Pendant des mois, fasciné par les décors et l'inventivité des constructeurs, j'explore le nouveau monde dans une absolue solitude. Mon avatar est tellement moche qu'il fait fuir tout le monde. Mais parlons peu parlons bien : il n'y a pratiquement personne nulle part et lorsque je croise quelque créature fantasque et que je tente de communiquer, je n'ai qu'un silence explicite et méprisant qui me renvoie dans mon cercueil d'isolement. C'est à tel point que, possédant deux connections internet, je me crée un double. Je le nomme Dublin Rodenberber. Je ne sais pas pourquoi.

Dublin

Comme les deux connections sont éloignées de 200 mètres - une chez moi, l'autre dans l'atelier et parce qu'on est déconnecté automatiquement après une demi-heure d'inactivité, je n'ai pas tellement le loisir de communiquer avec ce second moi-même. Mais nous pouvons nous asseoir au piano et jouer ensemble durant ce répit.

Je finis par comprendre qu'il suffit de rester assis sur la bouboule pour gagner de l'argent. Je deviens figurant avec les autres. Car dans ce second monde, c'est bel et bien comme dans l'autre. Lorsqu'on est sans le sou on est moche. On n'a même pas la possibilité de faire la pute. Qui voudra d'un moche ?

Pas de doute il va falloir investir.

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