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La
voici donc la tombe où finiront mes os

Là, l'éternité dort sous la dalle pesante
Sous les noms recouverts de mousse envahissante
S'ajoutera le mien quand mes yeux seront clos
Du siècle depuis que le tombeau creusé
A reçu de l'aïeul la première présence
D'autres y sont venus s'installer en silence
Dans l'espace réduit et dans le temps usé
Que furent-ils, ceux-là, dont je connais l'absence
En ma mémoire d'homme. A mon cour ignorant
Vos noms ne disent rien. A les lire pourtant
Je sais que c'est de vous que je tiens l'existence
Peut-être ai-je de vous l'ancienne apparence
Que vous eûtes jadis dans les jours fastueux
De jeunesse brillante et de rires joyeux
Où rien ne compte alors que la seule jouissance
Peut-être ai-je de vous cette sourde inquiétude
Que vous eûtes plus tard d'avoir vécu pour rien
Et d'avoir parcouru votre trajet Terrien
Avec, au bout, le cour rongé d'incertitude
Nous qui sommes le fruit amer de vos amours
N'avons - nous rien appris de votre expérience ?
Nous allons, nous venons, stérile inconscience
De l'idée absolue accomplissant nos jours
Et si vous veniez sur Terre, mes aïeux
Où si, sait-on jamais, vous lisiez mes pensées
Vous pleureriez sans doute à voir notre Odyssée
A la vôtre semblable et en seriez furieux.
Charles-Alfred
Bénard

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