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Simone, au centre, avec Odette Genthner
(à gauche)et une amie, en 1936 |
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Le printemps, cependant,
est là. Les lilas fleurissent, les cerises font ployer les branches et
partout, la vie s'épanouit. Dans la nuit du 16 au 17 mai, les premières
douleurs font venir le médecin. Charles se précipite pour chercher Laure.
Sous le ciel étoilé de cette nuit de mai
Nous allions d'un pas vif, Laure, t'en souviens-tu ?
Nous nous hâtions si fort pour atteindre le but
Que nous bûmes la route, à dieu va, d'un seul trait.
L'amour nous transportait.
Nous croyions voir paraître
Après chaque détour de la route, l'enfant
La mère sur son lit le ventre triomphant
Et son sexe éclaté d'où l'enfant vient de naître
Au sommet de la côte au doux nom d'espérance
Dans la chaude maison dont tu fis notre abri
Ecoute, Laure, écoute ! Oh ! qu'il est doux ce cri
Et la mère soupire après la délivrance
Le calme est revenu dans la chambre joyeuse
Et l'enfant toiletté repose sur le sein
De sa mère, et chacun, avec le médecin
Connaît les affres de l'estomac qui se creuse.
Sur ma paupière close où s'assure l'image
Je revois cet instant bienheureux s'il en fût
De ton corps haletant bombant ton ventre nu
De ton corps alors jeune au seuil d'un dur ouvrage
Vois, cet acte d'amour où la mort se défie
A vivre chaque effort embellissant tes traits
Ma main serre ta main en cette nuit de mai
Où lové dans te reins un destin s'édifie
Sur ton front, en tes yeux se lisent les accents
Où plaisir et douleur font le même ravage
Et c'est le même cri, c'est le même naufrage
Et du corps et de l'âme au délire des sens
Justice est la douleur si l'orgasme est délit
Si la raison sensible à l'antique croyance
Fait de la joie d'aimer une folle souffrance
Et remplace l'amour par la mort dans le lit
Au monde nulle joie à celle-ci pareille
A voir comme un soleil se levant au matin
D'une gorge profonde à l'horizon lointain
La tête de l'enfant où déjà point l'oreille
Premier cri de l'enfant dans son nouvel espace
Jeté dans l'inconnu hors du ventre creusé
Sur le sein de la mère et son corps apaisé
Des traces du labeur que le bonheur efface
Ah ! que nous eûmes faim, souviens-t'en, tous les quatre
Toi, la jeune maman oubliant tes émois
Et ce brave docteur, la tante Laure et moi
Cette nuit de mai mille neuf cent quarante quatre.
Il est deux heures
quarante du matin. Tout le monde saucissonne et se venge du rationnement.
Le nouveau-né dort contre sa mère. On va l'appeler Georges, comme son
grand-père : Georges, Roger, Charles.
 
Le 6 juin au matin,
les alliés débarquent entre Cherbourg et l'embouchure de la Seine. Georges
Picard jubile. " Son " de Gaulle va sauver la France. Il relit, au travers
des larmes, une des strophes qu'il a écrites le 3 décembre 1940 :
Maintenant
que j'ai fini ma petite chanson
Pensons aux petits, ils sont deux millions
A souffrir dans leur geôle par ce froid de canard
Il leur faut du secours et sans retard
Allons-y, les DE GAULLE
Tous leur casser la gueule
Et rendre le pays
A nos petits amis.
Le 14 juin, de Gaulle
débarque sur le sol de Normandie. Le 25 juillet 1944, deux mille avions
alliés larguent 5000 tonnes de bombes sur un front de huit kilomètres
ouvrant le passage à onze divisions américaines. Les Allemands cèdent
brusquement et les villes tombent par dizaines.
On acclame les libérateurs
et la (possible) fin de la guerre. Grâce au plan audacieux de Eisenhower,
assurés de ne plus être menacés sur leur lignes de ravitaillement, refoulant
devant eux tout ce qui résiste encore, les alliés mènent la seconde partie
de la Bataille de France. Ils avancent d'autant plus rapidement que les
Allemands subissent de très lourdes pertes en Russie. Les Alliés n'envisagent
pas la libération de Paris avant septembre, mais les résistants de Paris,
et tout particulièrement les communistes, dès le 18 août, se jettent dans
l'action.

Georges est à fond
pour les américains, mais plusieurs camarades Gaullistes ne sont pas d'accord.
Ils pensent que les américains viennent certes en libérateurs, mais avec
la très nette intention de prendre le contrôle de l'Europe : un marché
splendide s'ouvre. N'ont-ils pas déjà prévu des dollars français ? Charles
de Gaulle, regardant les billets dira : " nous n'utilisons pas la fausse
monnaie ". Paradoxe. Les Communistes soutiennent les américains et les
Gaullistes les récusent ! Mais il faut bouter l'ennemi hors du pays et
c'est tout ce qui compte pour le moment. Le petit groupe résistant de
la CPDE de la rue des Dames se jette dans la bataille et va élever des
barricades.

Le Général Von Scholtitz
reçoit un télégramme de Hitler qui lui ordonne de "réduire Paris en un
tas de décombres ", mais refuse d'obéir. Cela laisse le temps aux alliés
de venir renforcer leur avance. Le 23 août, la radio anglaise annonce
la libération de Paris. La division Leclerc est à Rambouillet. Le lendemain,
on commence à entendre la canonnade au sud de la capitale. Le 24 Août,
à 15 heures, un avion portant la cocarde tricolore laisse tomber un message
: " tenez bon, nous arrivons. Leclerc. "
A 22h10, toutes les
cloches de Paris annoncent la délivrance. Cependant, les allemands sont
encore là et réagissent violemment. On craint que le programme de destruction
ne soit déclenché. Mais au matin du 25 août, tandis que toutes les fenêtres
pavoisent, la division Leclerc tout entière pénètre dans Paris libéré.
Pour Charles-Alfred
aussi, c'est la joie. Mais à Villiers-le-Bel, la situation est toujours
périlleuse. Les allemands fuient et l'on se bat dans le village. De longues
colonnes de véhicules allemands occupent la route et passent devant la
maison. Parfois, on frappe à la porte et l'un d'eux demande de l'eau,
pour boire ou pour un réservoir vide. Renée Picard, la fille aînée d'Edmond
est venue annoncer la bonne nouvelle. Mais il ne s'agit pas de pavoiser.
On dénombre beaucoup de cadavres derrière la fuite de l'ennemi.

Le lendemain, samedi
26 août, Georges fonce à vélo vers les champs Elysées où, à 14 heures
30, au milieu de l'enthousiasme quasi religieux de milliers de Parisiens,
Charles de Gaulle dépose une gerbe sur la tombe du soldat inconnu. Georges
et ses camarades s'époumonent. Il agite son béret, saute pour dépasser
la foule. Il pleure de joie, suit le cortège en se faufilant. C'est le
plus beau jour de sa vie. Il faut encore jusqu'au soir pour en finir avec
la milice. Lorsque le cortège pénètre dans Notre-Dame, deux heures plus
tard, des rafales de mitrailleuses visent le général et son entourage.
Au même moment, la fusillade milicienne reprend dans presque tous les
quartiers faisant au moins 1500 morts et 7500 blessés. Pour clore le tout,
des avions allemands viennent bombarder Paris et incendient, entre autres,
la halle au vin.
Dans les jours qui
viennent, on commence à comprendre l'étendue de l'horreur, et ce n'est
qu'un début : Le 10 juin, quatre jours après le débarquement, 642 personnes,
dont 250 enfants sont massacrés par les SS dans le petit village d'Oradour-sur-Glane.
C'est Renée Picard, encore, qui vient le leur dire, "ils ont été brûlés
vifs dans l'église ". L'avant veille, 99 otages sont pendus dans les rues
de Tulle. Puis, du 22 au 24 juillet, l'incendie de la partie française
de Saint Ginolphe, à la frontière Suisse, l'exécution, le 16 août, à la
Grande Cascade du bois de Boulogne, de 34 jeunes gens, le 20, le massacre
de 100 personnes brûlées vives à l'essence par la Gestapo à Saint-Genis-Laval,
près de Lyon, le 25, le massacre de 126 personnes à Maillé, près de Sainte-Maure,
dans l'Indre-et-Loire, par les SS.

Tout n'est pas fini
avec la libération de Paris. La Whermarcht se replie vers l'est et le
nord-est. Jusqu'à la fin septembre les forces alliées s'y heurtent. Les
V2 continuent de s'abattre sur l'Angleterre et sur la France. Simone,
terrorisée, les voit passer dans le ciel. Pourtant, le calme, tout relatif,
revient. Les allemands étant sortis de Paris il n'y a plus à craindre.
Le temps de ramasser les maigres affaires, en octobre1944, ils peuvent
aller enfin habiter l'appartement du 70 rue Damrémont.
Lorsque la famille
est enfin revenue, nous trouvons, dans un mouchoir de poche : Charles
et Simone Bénard au 70, rue Damrémont, avec leur fils Georges, Marguerite
Bénard, la mère de Charles, au 95 rue Lamarck, à une cinquantaine de mètres,
avec Paulette et Robert, son frère et sa sour ; à la même adresse : Marthe,
sour de Marguerite, qui y est concierge. Cent mètres plus loin vers la
place de Clichy, Georges et Agnès Picard sont au 21 rue Damrémont, et
Robert, leur fils de (presque) deux mètres, vit d'abord avec eux, puis,
à partir de 1945, avec Marcelle au 10 rue Cauchois, une chambrette
haut perchée au-dessus du parc de la maison de Raymond Souplex. Du balcon,
on voit la tour Eiffel.
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