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Dans
les faits, chaque jour, le gouvernement est contraint de s'aligner sur
les positions de l'ennemi.
Mais tout de même.
Le 6 septembre 1940 il proclame déchus de la nationalité française les
Israélites ayant abandonné le territoire français pour l'étranger entre
le 10 mai et le 12 juin.
Par la suite, les mesures d'exception à l'encontre des juifs vont en
s'accentuant. " La France officielle rejoint donc Hitler dans la persécution
raciale.
Il existe évidemment un antisémitisme français, mais on pouvait imaginer
que le spectacle des pogroms hitlériens, qui soulèvent le dégoût dans
le monde civilisé, allait le détourner de céder sous la botte allemande,
mais c'est tout le contraire qui se produit. Il semble que l'antisémitisme
soit une des significations profondes du conflit mondial.
Ce serait une erreur de le considérer comme un simple accident.
L'année suivante, le 15 juin 1941, un complément législatif au statut
des juifs est publié. Quiconque, de quelque confession soit-il, ayant
des grands-parents de religion juive est considéré comme juif. Lui sont
interdites toutes activités dans la fonction publique, administration,
magistrature, armée, enseignement, direction d'entreprises d'intérêt
public. Il ne peut être banquier, changeur, démarcheur, intermédiaire
dans la bourse, agent immobilier, négociant en fond de commerce, marchand
de biens, courtier, commissionnaire de jeux, propriétaire de journal
ou écrits périodiques.
Il ne sera ni exploitant ni directeur, ni metteur en scène, directeur
de prises de vues, compositeur de scénario pour le cinéma, ni pour le
théâtre, ni pour la radiodiffusion. Toute personne juive doit remettre
au préfet ou au sous-préfet une déclaration et un état de ses biens,
dans un délai d'un mois. Les infractions seront passibles d'une peine
d'un mois à un an de prison et d'une amende de 100 à 10 000 francs.
Ces mesures, explique monsieur Xavier Vallat, ont été rendues indispensables
en raison de faits révélés par des enquêtes de la sûreté nationale de
nature à nuire au redressement national. Les juifs ne peuvent bientôt plus ni gagner leur vie, ni étudier, ni
voyager. Le téléphone leur est interdit, puis de pénétrer dans une cabine
téléphonique, de s'asseoir dans un restaurant, une bibliothèque, un
stade, un jardin public, de visiter un musée. Les heures où ils peuvent
faire leurs achats, fixées par l'ordonnance du 8 juillet 1942, coïncident
machiavéliquement avec les heures de fermeture ou bien ils sont déjà
vides. Mi par contrainte et mi par conviction, le gouvernement calque
les décisions allemandes. Le
29 mai 1942 paraît une ordonnance selon laquelle les juifs résidant
en zone occupée doivent désormais porter, cousue sur le côté gauche
de la poitrine, une étoile d'étoffe jaune à six pointes portant en caractères
noirs l'inscription "juif ". Les
16 et 17 juillet 1942, la police procède à une rafle monstre dans la
capitale. 13 000 personnes, hommes, femmes et enfants sont arrêtés et
entassés au "vel'd'Hiv " (le vélodrome d'Hiver) avant d'être internés
au camp de Drancy.
Les allemands en "espéraient " 32 000, plus de la moitié a réussi à
fuir. |