ESSAI DE TECHNIQUE IDÉALE
POUR LE PORTRAIT

PRÉPARATION DES FONDS

Preparation des fonds

Jusqu'au seizieme siècle, les anciens travaillaient sur bois, qu'ils choisissaient avec soin, pour ensuite le marouffler (l'encoller) de toile de plus en plus fine, pour terminer par un enduit de caséine chargé de blanc de Meudon ou d'espagne ou encore de plâtre amorphe et, en Italie, de poudre de marbre de Carrare. Il était ensuite poncé jusqu'à l'obtention d'une surface parfaitement lisse.

Cette surface lisse possède beaucoup d'avantages. En tenant correctement ses pinceaux, on peut les faire durer un temps incroyable, en les affinant au lieu de leur chiffonner la touffe, en les usant utilement au lieu de les raper. Au prix ou on les trouve, on s'en satisfera. Je travaille finalement avec assez peu de pinceaux. J'aime en avoir une poignée dans un pot mais finalement quatre pinceaux en martre, pour aquarelle, me suffisent. Taille 2/0, 1, 3, 4. Un blush bombé usé en écureuil me sert à fondre les applats. On ajoutera à cela un spalter en nylon taille 50 pour passer l'enduit et l'affaire est faite.
Dans la mesure du possible je choisis de la toile de lin fin. Pendant une période j'ai travaillé sur coton, mais c'est beaucoup trop fragile.

Par expérience, à cause de la porosité des fonds, j'ai vu qu'il faut au moins trois enduits, ou plutot trois dilution de l'enduit.
Voici la composition :
1kg de Gesso, 250g de poudre de marbre, 80g de pigment (ou peinture acrylique) terre d'ombre brulée, un autre 80g de terre d'ombre naturelle. Les pigments vont servir à différencier nos compositions d'enduit.

Poudre de marbre et Gesso


Prendre 250g de poudre de marbre (pas besoin qu'il soit de Carrare) dans un pot. On lui ajoute de l'eau en tournant, pour éviter les grumaux, jusqu'à l'obtention d'une sorte de pâte à crèpe un peu épaisse, à laquelle on va ajouter peu à peu le gesso (750 g environ). S'il épaissit outrageusement, on lui ajoute de l'eau. Les proportions sont données à titre indicatif. On notera seulement que la charge de marbre ne doit pas dépasser le tiers. Le gesso final en serait fragilisé, pourrait devenir si raide que le moindre choc le fissure : expérience oblige. Il doit demeurer souple.

Poudre de marbre
delayer la poudre de marbre

Par ailleurs on aura préparé deux pots, dans lesquels on dilue les pigments avec de l'eau, ( on peut les diluer dans un peu de caparol, pour mieux disperser la poudre).

Pigments


On incorpore doucement, en tournant, 250g le gesso+marbre au pigment d'ombre brulée. Après brassage, cette premiere composition va donner une pâte assez épaisse, rosée. On la laisse telle quelle.

premier enduit

On verse ensuite 250g de gesso+marbre dans le pot de terre d'ombre naturelle diluée en tournant vigoureusement, ce qui donne un joli gris. On lui adjoint un peu plus d'eau pour le liquéfier. On obtient la consistance de la pâte à crèpe.

premier enduit

Les 250g restant seront rendus encore plus liquides et demeureront blancs. Rien n'empèche de les colorer, c'est juste pour repèrer.

Lorsque je prépare mes toiles, j'y passe généralement presque la journée. J'en enduis une vingtaine. Pendant que j'en travaille une, les autres sèchent. Par rotation, cela va assez vite.

passage du premier enduit

Les trois premières couches utilisent l'enduit épais, que j'étale au couteau à peindre, en grattant bien. Il ne s'agit pas de plâtrer mais de boucher la trame du tissus.
Dans le cas d'une toile fine, trois couches suffisent. Si la toile est plus épaisse, vérifier avec la main que le grain ne soit pas envahissant.

Souvenez vous que dans ce type de travail tout se voit au final. Le vernis ne pardonne pas. Nous voulons aboutir à une sorte de vitre d'ambre à la hollandaise où rien ne perturbe la vision du sujet. Dans ces temps là, à l'inverse d'aujourd'hui, le sujet avait plus d'importance que le peintre. Aucun détail technique ne doit perturber, aucun effort ni labeur ne doit se percevoir. L'oeuvre n'est pas celle du corps mais de l'Esprit. Pensez au patineur sur glace : il est dans le même cas : grâce, équilibre, élégance et fluidité.

second enduit

Le second enduit sera passé au spalter, en croisant les couches, mais assez vite, sans appuyer trop fort. La couche du dessous etant absorbante, on ferait des traces. On en passera au moins une dizaine. L'idéal n'est pas de compter les couches, mais de faire ce qu'il faut, tant qu'il le faut. Lorsqu'on ponçe, on comprend immédiatement son éloignement du résultat escompté : on recommence.

Lorsqu'on est satisfait de cette étape, on passe à la dernière : l'enduit le plus liquide, dont les couches seront encore plus fines. Quatre à six couches ne sont pas de trop. Au ponçage final, on devra se trouver devant une surface aussi lisse que du marbre : ce que l'on trouve dans certains appartements romains ou florentins pour imiter le marbre à la perfection.

Quelle que soit la technique qu'on va employer par la suite (tempera-vinyl ou directe) on sera assuré d'un support adéquat, de bonne tenue et de grande solidité. Se garder néanmoins de trop charger en poudre de marbre. L'enduit perd sa souplesse et peut craqueler. Se garder également de remplacer le gesso par de la colle vinylique (Colle à bois), j'en ai fait l'expérience désastreuse. La colle vinylique perd sa souplesse avec le temps. Le moindre choc la fissure. A moins qu'on veuille faire du style ancien....

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