L'Yeux à voir : EROTIC MUSÉE (suite)

Puisque j'étais allé interroger le jeune Bruno de la rue André Antoine lorsque j'arrive au musée les filles et Albrecht sont déjà à pied d'oeuvre. Au dessus de la caisse, il est marqué : photos OK. Voilà une idée qu'elle est bonne. Je grimpe l'escalier quatre à quatre sans rien regarder et je retrouve Cathy au troisième. "Alors ? Qu'est-ce que tu en penses ? "- "C'est un peu le foutoir, il y a de tout, on ne sait pas ce qu'on regarde, mais c'est plutôt sympa."
Ouf.
C'est vrai que le lieu est agréable, joliment éclairé mais pas trop. J'avise des maquettes de scènes érotiques en réduction. Là, vraiment, j'adore. J'ai toujours aimé les maquettes. je trouve qu'il y a une magie très intense dans les réductions, comme si on voyait tout de loin, comme si on était géant. En même temps, c'est tout délicat, fragile, magnifiquement travaillé. Pas facile. Je me colle là dessus.

Il n'y a pas assez de lumière pour avoir des photos nettes, mais c'est égal. C'est du joli travail.


Même au niveau de la sculpture. Car les personnages, qui doivent faire dix centimètres, ont été d'abord modelés dans la terre. Je connais la difficulté de faire des personnages miniatures. Les doigts, par exemple. C'est une vraie chiennerie. Ensuite, quand tout est en place, il faut lisser avec un pinceau mouillé.


D'accord, ce que je raconte là n'a rien à voir avec l'érotisme. Mais enfin, c'est un début, au moins pour la sensualité d'aller fourrer ses mains dans la terre et de carresser des formes microscopiques hallucinantes de réalisme.

- " C'est sympa, hein ? " Susurre Cathy à côté de moi. Je hoche la tête. On ne se rend pas compte ..En tous cas, moi, je ne me rendais pas compte avant de faire de la sculpture à quel point plus c'est petit et plus difficile c'est. Du coup, je ne regarde plus les petites conneries qu'on voit dans les magasins de la même manière. "Quelqu'un" les a faites. Et ça change tout.

-" Tu as vu les sculptures, en bas ?"
-" Non, je suis passé à toutes vitesses pour vous rejoindre."
- " Regarde..." Elle tend son numérique.


"Le poids du sexe"


"Le calin du matin"


" Massif de corail"

"Casse-noisette"


"En passant par la Loraine"

- "Tu ne trouves pas que c'est charmant"
J'acquiesce.

Gitane est Albrecht sont à l'étage supérieur où plusieurs écrans de téléviseurs racontent l'aventure du sexe et de l'érotisme. Dans un coin, un autre téléviseur plus grand passe un vieux film porno.
Comment se fait-il que ces vieux films aient autant de charme ? Les pouffiasses sont immondes, souvent vieilles, grasses, le cul plein de bourrelets, les mecs moustachus, en porte-chaussettes, la liquette au dessus des genoux, l'air totalement stupide. Et ça marche..ça nous fait sourire et on finit par trouver ça rigolo, puis charmant. Personnellement, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils sont tous morts et qu'on voit des fantômes et finalement, ça m'émeut.

 

Wallon confirme " Oui, je suis d'accord avec toi. Finalement l'émotion est ici, dans ce lieu et pas ailleurs, un éternel recommencement des choses et la finitude humaine. Le musée de l'érotisme favoriserait-il la reflexion philosophique plus que l'excitation ? et bien, j'en suis sûre. Ils doivent être nombreux, les visiteurs à être surpris par l'effet paradoxal de leur visite."

Jojo. Mars 2005.


Et vous, Gitane et Albrecht, qu'avez-vous retenu de cette visite au Musée de l'érotisme ?