Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste

 

JACQUELINE AIMÉ

Avant Jacqueline, je n'ai jamais entendu parler de la Lune Noire.
De prime abord, lorsqu'elle m'en parle, je me demande ce qu'elle peut bien rajouter à la lecture d'un thème, la chose étant déjà fort complète.
Étrangement, c'est la statue de la Vierge qui me permet de comprendre. En effet, on la représente les deux pieds sur la sphère terrestre, écrasant le serpent, entourée d'une ellipse d'étoiles. Sa couronne est à l'apogée.
Cercle. Ellipse. Spirale.
Ici est la différence. Et tout est résumé.
Comme tout astrologue, j'ai noté sans cesse la différence - parfois incroyable - qu'on peut trouver entre ce que révèle théoriquement un thème et l'existence réelle de la personne qui consulte.
Les Égyptiens l'avaient compris. Dans la mesure ou une personne aspire a être conforme au modèle et au bien-être social et que sa principale volonté est d'être "comme tout le monde", de se "fondre dans le moule", les aspirations "hors normes" n'ont aucunes raisons de prévaloir. Aucune énergie ne les abreuve, aucun désir ne les anime. Cette situation est symbolisée par le serpent Ourobouros, qui se mord la queue en cercle.
Et si quelque chose devait se manifester, il serait immédiatement perçu comme anormal, pas conforme, "pas comme tout le monde" et donc créateur de difficulté, d'insécurité, d'effort à faire, de plaie à supporter, sinon à subir. Et c'est bien ainsi que les rabbins représentent Lilith : la "mauvaise fée" des contes.
Cependant, les Égyptiens, comme les hébreux, tout comme Jésus, signalent l'absence de démarcation individuelle comme étant le véritable état de "mort". Est mort ce qui n'innove pas, n'invente pas, ne crée pas, ne produit rien, ne "grimpe pas dans la barque". S l'on se reproduit à l'identique au long des générations, dans le même cadre, selon les même principes. Cela va traverser les siècles, voire les millénaires, mais, en vérité, pour quoi faire ?
Dans le meilleurs des cas, pour attendre une éventuelle révélation, pour espérer qu'il se passe - enfin - quelque chose...
Ce quelque chose produit un dérangement du cercle vers l'ellipse, qui correspond, dans les meilleurs cas à la culture, aux arts, pour éventuellement passer de l'ellipse à la spirale, le monde spirituel, réellement évolutif. (Il n'y a guère autre chose à faire évoluer...)
On comprend, dès lors que la Lune Noire est cette impulsion qui peut permettre de quitter le cercle pour l'ellipse.
Et c'est bien ce que Pasolini exprime dans "Théorème", ce petit quelque chose, cette rencontre boulversante qui jette chacun dans son destin inconforme.

Cette impulsion se manifeste un jour ou l'autre, pour chacun de nous, qui va nous obliger à affronter l'inconnu, vaincre nos peurs et peut-être triompher du néant.
Là voilà donc, cette Lilith qui refuse le Adam circulaire et va préférer les "daemons" ( intelligence en Grec) qu'elle aura avec l'Archange de la Mort. (A vrai dire, Samael signifie : "éblouissement divin").

Par conséquent, la Lune Noire représente ce qui, en nous, refuse la mort par normalisation, clame la dissidence et la révolte, le droit de dire "non" et celui de s'affirmer comme étant "un" au milieu des autres.
On voit que le champ est large. Sauf qu'il faut savoir qu'en sacrifiant les lois collectives, on s'accule soi-même à la solitude et à la responsabilité.

L'ouvrage de Jacqueline repose sur de nombreux cas, des dizaines d'années d'expérience et, pour ma part, des milliers d'heures de lecture de recherches et de réflexion. Grâce à cela j'ai appris bien plus que je ne saurais en dire.