La sortie est en bas (suite)

-" Par conséquent, admets-je, lorsqu'on nous présente le contenu de la Bible comme s'étant passé dans des temps anciens, c'est faux ?"
-" Absolument. il n'y a rien de plus présent que ce texte. Il est à la fois le passé, le présent, et l'avenir. Il est de tous les temps. Ce n'est pas une histoire horizontale mais verticale. Le texte n'est pas fait que pour durer, mais aussi pour monter."
Je commence à mesurer l'étendue de mon ignorance. J'imagine qu'il va me commenter tout le texte. La perspective me ravit. Il y a tellement de choses qui me sont incomprehensibles. Sa présence est peut-être un fantasme délirant, mais au moins elle m'intéresse.
-" Je vois arriver l'échelle de Jacob", dis-je
Il sourit.
-" Exact. Le nom de Jacob (Yakof) signifie "Celui qui rève". L'image du Mutus Liber le représente endormi au pied de l'échelle. L'Homme endormi est l'homme ordinaire. Il est endormi parce qu'il est pris dans les réseaux de fils de l'existence et qu'il place tout à l'extérieur de lui. C'est un homme horizontal dont la perpétuation est horizontale également. Il nait, grandit, se reproduit et meurt. Il transmet par les générations et espère qu'un jour quelqu'un comprendra. Celui qui transmet n'a pas besoin de comprendre du moment qu'il transmet sans déformer. Ainsi, après son combat pour se surmonter jusqu'à "Dieu", il changera de nom, donc de fonction . Il s'appellera israel ish-rael = homme de Dieu, disons Homme par l'esprit.
La lettre Kof signifie aussi : nuque. car la nuque relie le corps à la tête ( Resh) qui est la lettre suivante.
La nuque, le rêve, relie donc l'homme couché (Tsadé) à l'homme debout (Resh), qui va ainsi du fixe au mobile."
Un temps. Puis il poursuit :
-" Il y aurait, tu l'imagines, énormément à dire sur ce sujet. Mais saches que c'est à peu près ce qui t'arrive. Lorsque nous sommes ensemble, tu n'es plus dans l'existence, mais dans l'être. Ainsi lorsque tu peins. La véritable action est dans l'être. L'existence est une agitation stérile. Du point de vue qui nous intéresse, évidemment."
Je demande :
-" Mais pourquoi cela n'arrive pas aux autres ?"
-" Cela arrive. Cela arrive à chaque instant. Mais le parcours est difficile. Peut être faut-il avoir d'abord expérimenté que le reste est vain ? Gandhi disait cela : "l'amour gagnera forcément, je reste ne va nulle part..."
L'amour. Justement.
Michael m'a appris a me méfier des amalgames linguistiques.
Honnètement , je n'ai jmais vraiment su ce que signifie ce mot. Lorsqu'à vingt ans j'entendais la chanson de Jacques Brel "Ne me quitte pas", que tout le monde clamait être une chanson d'amour, je n'arrivais pas à adherer. J'avais l'impression d'entendre gémir un alcoolique à quii on a retiré sa bouteille. C'est une belle chanson sur la dépendance, mais pas sur l'amour.
Alors, qu'est-ce que l'amour ? Peut-il y avoir amour sans respect de l'autre ? la possession est-elle l'amour ? Le désir est-il l'amour ?
Michael, mon instructeur invisible restait muet sur le sujet. Son domaine etant celui de l'explication de texte, pas de celui de la vie. Pour cela, il invoqua Gabriel, personnage extraordinairement différent qui ne parle pas mais démontre.
La preuve par l'épreuve.
Et comme d'habitude tout arrive en même temps, dans un désordre absolu.
De retour de Bourges fin 79, où les deux pièces de jean-loup Philippe ont eu leur succès, je dégotte un appartement minuscule rue des Epinettes, à côté de chez mes parents et ma soeur. Mon projet secret etant d'enfin considérer ceux-ci comme des humains et non comme des parents qui me "devraient quelque chose". Dans la foulée ce sont les quatre mois d'Opera Garnier , un appartement à redécorer entièrement à Saint-Germain-de-prés (Aout 80), un scénario qui ne verra jamais le jour (septembre 80), une bande son et une affiche pour le Théatre Fontaine (octobre). Enfin une peinture murale (novembre et décembre), une pochette de disque, une maquette pour un film, un autre décor pour Jean-Loup Philippe à essaion (mai 81), et tout se précipite encore :
Premier mouvement : le metteur en scène qui va plus tard me proposer de tourner un film en Floride, m'utilise à des doublages de film pornos.
Du matin au soir je suis enfermé Place de Clichy à grogner sur un sexe velu et turgescent à crier des insanités dans un micro avec des acteurs parfois très connus en mal de cachets. Comme voyage, on commence dans les abysses. Mais là, il n'y a évidemment pas d'amour mais une indiustrie du désir finalement beaucoup plus intéressante à regarder qu'on ne croit. J'y croise quelque "hardeuses" pas connes du tout, dont une, fort connue, particulièrement fine et tout à fait lucide sur la Question : Brigitte Lahaye.

Dans le même temps, j'en reparlerais plus tard, Marie-France, qui m'appelle "Neveu" et que j'appelle "Tonton", m'invite à venir chanter à la Chorale des Blancs-Manteaux.
Imaginez le tableau et la douce contradiction de mes journées : du râle la journée devant des cuisses ouvertes et le soir ; plus près de toi seigneur !
Si j'avais le temps - ou quand j'aurais le temps, je raconterais tout dans le détail. la folie n'est pas toujours où l'on croit.
Puis je suis sauvé de cette situation par l'ouverture d'un cabaret dans l'enceinte du P.L.M Saint Jacques où je dois officier comme meneur de revue et concepteur du spectacle : argument, bande son et découverte de jeunes talents, danseurs, marionnettistes, illusionnistes. Lorsque le spectacle est en route, je peux enfin retrouver l'écriture...mais en octobre on me propose de faire la décoration d'un magasin de la Place Cluchy. Magasin tenu par un myopathe en chaise roulante. Et pour combler le tout, sur une impulsion que je ne sais controler, je m'engage comme benevole à la Fondation Claude Pompidou pour garder et accompagner des enfants handicapés.
Voilà de quoi s'occuper sur l'amour. Et sous toutes ses facettes !!! |