Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste
La critique de Philippe Tesson

"René Dupuy qui vient de monter "Hommes" dans son théâtre a le goût du risque. Le premier effet de surprise passé, c'est à dire quand on a compris de quoi il s'agissait, on se demande de quel côté va dégringoler le spectacle, si c'est dans la vulgarité, dans la bêtise ou dans le ridicule. On n'arrête pas de frôler les précipices. Mais le miracle est là ! La pièce tient debout, et non seulement elle tient debout, mais elle parvient à convaincre et à émouvoir, parce qu'elle traverse de bons moments, qu'elle est faite avec sincérité, montée avec tact et jouée avec talent. On a eu très chaud.
A priori, en effet, les relations intimes entre quatre jeunes gens plus ou moins spontanément homosexuels enfermés dans une cellule de prison a de quoi nous laisser indifférents, d'autant plus que les personnages n'ont pas une personnalité saisissante. Il y a là une grande folle professionnelle, un faux jules, un type comme vous et moi et un minet appétissant. pour faire une pièce avec ça et une pièce qui se veut à la fois un document, un drame et un chant d'amour, il faut s'appeler Jean Genèt. Ici, l'auteur s'appelle John Herbert et ce n'est déjà pas mal.

Ses ambitions connaissent des destins inégaux. C'est ainsi que le document n'est pas bouleversant. On sait de toutes façons que les matons ne sont pas des anges et qu'il se passe de drôles des choses dans les prisons. Et le théâtre n'a jamais été un art de reportage. Ne retenons donc de cette pièce que les tensions vigoureuses et d'une belle facture dramatique qu'elle noue entre ces quatre garçons soumis à la loi de leur sexe et à la loi sexuelle de l'univers monstrueux dont ils sont les prisonniers. leur cellule est un bouillon de culture où la passion, la haine, le désir, la domination, la soumission et aussi l'amour s'enflent, se mélangent et se traversent sans pudeur. C'est pourquoi "Hommes" ressemble si souvent à un mélo et n'échappe à la catastrophe du genre que grâce à l'habileté de l'auteur. celui-là tempère toujours ses excès et dose avec une certaine virtuosité le comique facile, le réalisme et la poésie.
La mise en scène de René Dupuy traduit avec beaucoup d'adresse cet d'équilibre. Elle s'appuie sur l'excellent travail des comédiens. Tous ici ont choisi de jouer une entreprise difficile. Ils réussissent l'une des expériences les plus originales de la saison.

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