| La
critique de Philippe Tesson
"René
Dupuy qui vient de monter "Hommes" dans son théâtre
a le goût du risque. Le premier effet de surprise passé,
c'est à dire quand on a compris de quoi il s'agissait, on se
demande de quel côté va dégringoler le spectacle,
si c'est dans la vulgarité, dans la bêtise ou dans le
ridicule. On n'arrête pas de frôler les précipices.
Mais le miracle est là ! La pièce tient debout, et non
seulement elle tient debout, mais elle parvient à convaincre
et à émouvoir, parce qu'elle traverse de bons moments,
qu'elle est faite avec sincérité, montée avec tact
et jouée avec talent. On a eu très chaud.
A priori, en effet, les relations intimes entre quatre jeunes gens plus
ou moins spontanément homosexuels enfermés dans une cellule
de prison a de quoi nous laisser indifférents, d'autant plus
que les personnages n'ont pas une personnalité saisissante. Il
y a là une grande folle professionnelle, un faux jules, un type
comme vous et moi et un minet appétissant. pour faire une pièce
avec ça et une pièce qui se veut à la fois un document,
un drame et un chant d'amour, il faut s'appeler Jean Genèt. Ici,
l'auteur s'appelle John Herbert et ce n'est déjà pas mal.
Ses
ambitions connaissent des destins inégaux. C'est ainsi que le
document n'est pas bouleversant. On sait de toutes façons que les
matons ne sont pas des anges et qu'il se passe de drôles des choses
dans les prisons. Et le théâtre n'a jamais été
un art de reportage. Ne retenons donc de cette pièce que les
tensions vigoureuses et d'une belle facture dramatique qu'elle noue
entre ces quatre garçons soumis à la loi de leur sexe
et à la loi sexuelle de l'univers monstrueux dont ils sont les
prisonniers. leur cellule est un bouillon de culture où la passion,
la haine, le désir, la domination, la soumission et aussi l'amour
s'enflent, se mélangent et se traversent sans pudeur. C'est pourquoi
"Hommes" ressemble si souvent à un mélo et n'échappe
à la catastrophe du genre que grâce à l'habileté
de l'auteur. celui-là tempère toujours ses excès
et dose avec une certaine virtuosité le comique facile, le réalisme
et la poésie.
La mise en scène de René Dupuy traduit avec beaucoup d'adresse
cet d'équilibre. Elle s'appuie sur l'excellent travail des comédiens.
Tous ici ont choisi de jouer une entreprise difficile. Ils réussissent
l'une des expériences les plus originales de la saison.
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