Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste

La critique de Pierre Marcabru

Hommes

"Dans une prison américaine, un jeune délinquant arrive pour la première fois. Il découvre les détenus et surtout l'homosexualité. Je me permettrai d'être cru, comme dans la pièce, c'est nécessaire. Le jeune Smithy (Gérald Robart) devient, malgré ses réticences, la proie du caïd de la cellule, Rocky. ( Roland Blanche) Lui ayant fait du chantage à la protection, laquelle protection lui évitant de passer à la casserole, Rocky règne en maître. Dans la cellule, deux autres détenus : Alice ( Georges Faget-Bénard), garçon blond très efféminé et Mona ( Christian Rist) un jeune garçon à la beauté frêle, incapable de se défendre. Alice, très démonstrative, parlant d'elle au féminin est le prototype d'une certaine agressivité homosexuelle. Rocky a un certain respect pour cette héroïne aux grands airs. Quand a Smithy, ce n'est pas un vrai truand, mais un accidentel de la tôle, tout ce milieu le répugne. Tous sauf un, Mona, celui qu'on méprise car il n'a pas joué le jeu de la prostitution. Pour cela, il subit les sévices réservés aux réfractaires. Rocky sera détrôné par Smithy qui deviendra le Caïd, une suite de péripétie vont rapprocher les deux adolescent, Smithy et Mona. La pièce se termine par une folie douloureuse du jeune Smithy entendant le martyr de son ami Mona lynché par les gardiens.
L'histoire de la passion entre ces deux jeunes gens avec les violences qu'elle provoque apporte un climat insoutenable. C'est ce choc perpétuel qui est l'attrait du spectacle. Pièce violente qui se termine violemment. Lorsque Smithy entend hurler son ami qu'on brutalise à mort, il s'écrie dans un sanglot : "je les aurais tous", et regardant le public il répète : "je vous aurais tous!" Ce regard de reproche sur une société qui organise des prisons sordides, nous l'avons reçu, l'autre soir. Bien sûr, c'est en Amérique. Mais l'actuel remue-ménage dans nos prisons ne vient-il pas appuyer le regard de Gérald Robard. A ce dernier, je fais une mention toute spéciale. C'est un comédien qui prend une dimension très étonnante. Le reste de la distribution est sans reproche. Quant à l'adaptation d'Alain Brunet, elle a sérieusement facilité le travail metteur en scène-acteur. Cette pièce ne souffre pas du passage en français. Voilà une soirée à ne pas manquer. Public jeune ou moins jeune, mais public adulte."