Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste

LES DERNIERES CLIENTES de Yves Navarre

Mi-décembre 77, je suis contacté dans mon désert Creusois pour jouer, éventuellement, dans une pièce d'Yves Navarre qui se monte au Studio des Champs-Élysées. Étant donné le sujet, et le type de rôle à y jouer, je ne suis pas enthousiaste. Quoique je le comprenne, j'ai du mal à accepter qu'on catalogue les gens. Parce que j'ai réussi dans un rôle de folle une fois, me voilà spécialisé ( Il m'a fallu déjà refuser de jouer dans "La cage aux folles" pour la même raison). Donc j'hésite. Mais il faut être réaliste : j'ai besoin d'argent et l'idée de fuir la Creuse en hiver est un puissant motif.

Mise en scène Louis Thierry
avec par ordre d'entrée en scène :

Bob...........................Michel Fortin
Vicky........Georges Faget-Bénard
Pierre................Jean-Pol Brissard
Sébastien....................Jean Reney
Mehdi........................Saïd Amadis
Laurent...........Jean-Louis Broust
Dave.................André Oumansky
Eric.................Jean-Marie Richier

La critique de Dominique jamet, pour l'Aurore du 23/01/1978

" ...La pièce d'Yves Navarre est forte, vraie, directe et pourtant, elle sait s'arrêter au bord du manque de tact. Voilà un monde enfin observé et montré tel qu'il est par un adulte à des adultes...Ainsi l'intelligence ouvre-t-elle les ghettos qu'a édifié l'intolérance. En tous cas, sur cette scène où ils se succèdent, ces messieurs du dimanche, qui ont tout pour plaire, meriteraient d'avoir le même succès que les Dames du jeudi.

Ce que raconte là Dominique Jamet est pure fantaisie. Si la pièce "s'arrète au bord du manque de tact", elle s'arrète aussi au bord de la vraissemblance. Personne ne va, ni n'a jamais été, dans un sauna ou une backroom pour parler et raconter son désespoir d'avoir trente cinq ans, ni même cent. On va dans ces endroits pour baiser et rien d'autre. Mais ce discours là n'avait aucune chance de plaire à la critique, sinon celle de "Gai Pied".

Ce qu'en pense l'Express :

"...La pièce pourrait apparaître comme un plaidoyer, mais elle va beaucoup plus loin. Elle ne cherche pas non plus le scandale, sauf si l'on considère que parler est déjà un scandale.Tout simplement, elle dit et nous contraint d'écouter, admirablement servi par une interprétation solide et efficace, un dialogue percutant et brillant qui sait, sans fausses notes, nous mener du rire amer ou gai à l'émotion toujours discrète et toujours authentique.
Signé : P.-B. M.

 

La pièce ne parle QUE d'Yves Navarre, que je suis sensé représenter. Il s'agit d'un monologue de plus d'une heure et demi où un certain Vicky se lamente sur le fait d'avoir trente cinq ans au fond d'un sauna - où précisément, on ne parle pas - Toujours les mêmes gémissement sur la solitude, au fond, le regret de ne pas être hétérosexuel. C'est là la vraie plaie des homosexuels. Ils veulent être "comme tout le monde".
Et justement, Louis Thierry, le metteur en scène, à voulu que les comédiens soient hétéros. L'enfer est là. Mon partenaire principal m'insulte lorsqu'il est dos au public, cache mes accessoires, ne répond pas au dialogue lorsqu'il y en a. Pour se rassurer sur leur virilté, les comédiens se donnent les résultats des matchs pendant le jeu. Je suis absolument seul en scène, genre de boeing qui ne parvient pas à décoler. Un seul allié - qui est demeuré un ami : Jean-Pol Brissard. Le seul qui se soit révélé professionnel avec Michel Fortin.

J'avais décidé de tenir le coup. Je l'ai tenu. Mais si c'est pour faire ça, je ne crois pas que l'effort vaille la peine.
Je décide de briser là avec le métier de comédien.
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