Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste




Toute naissance tient forcément compte du milieu dans lequel elle se produit. Chaque fois qu'un être arrive au monde, c'est toujours au croisement du temps et de l'espace. (Le vrai sens de la croix) Et ce, sur tous les plans. Il arrive dans le cours d'une Histoire, et dans un lieu où cette histoire se poursuit. Il va être entièrement dépendant de tous les facteurs environnants : génétiques, historiques, culturels, familiaux, géographiques, mais aussi saisonniers. Naître en hiver n'est pas comme naître en été. Cette différence est aussi évidente que lorsqu'on naît dans une famille riche ou une famille pauvre, chez des parents cultivés ou incultes. Par conséquent, je ne vois pas, en toute logique, pourquoi l'état du système solaire à ce moment là n'aurait aucune importance. Le tout est de savoir laquelle et par quoi elle se manifeste ou se traduit réellement.
Je réfute absolument l'idée d'une "influence" astrale. Je m'en suis expliqué ailleurs mais j'y reviens. Nous ne pouvons pas être influencés par ce que nous sommes. Cela n'aurait pas de sens. Nous sommes ce que nous sommes, constitués de ce qui nous constitue (pardon pour la tautologie, mais elle est nécéssaire). Une influence est une action qui détourne de l'objectif. Or le fait de respirer et d'avoir un squelette ne nous "influence" pas. Sans lui, nous ne serions pas là. Nous sommes constitués, qu'on le veuille ou non, de TOUT ce qui nous a précédé et n'a jamais été arrèté. Depuis le premier jour de cet univers, nous étions déjà là. Potentiels comme les éléments d'une d'une graine non germée, mais déjà là. Non seulement cet Univers nous contenait, mais aussi bien nous le contenons. Il est notre matière : "fabriqués" par lui, issus de lui, nous sommes son éternel présent. Ce n'est pas du délire, mais une simple logique : si nous sommes là, c'est que la chaîne ne s'est jamais rompue.
De quelle "influence" s'agirait-il ? Allons-nous ailleurs, voulons-nous autre chose que continuer l'aventure ?

Dans le monde actuel, on reconnaît bien (Hubert Reeves, par exemple) que nous sommes "de la poussière d'étoile", mais nous ne réalisons pas que notre matière est précisément celle de notre univers, que son organisation est différente, mais pas sa nature, encore moins son principe : tout, ici, est constitué selon le même shema. Bien entendu, à l'échelle humaine, il est illustré différemment selon les cultures et selon les situations dans le croisement Espace-Temps. L'autre aspect étant que tout ce passé - en réalité toujours présent - est dans la partie de l'iceberg qui nous échappe : l'inconscient.

L'Astrologie qui, je le rappelle, est occidentale, liée à la culture occidentale et à la cosmologie grecque, est dans cet ordre-là. Elle n'est pas venue des origines, mais par un lent travail analogique établi sur plusieurs millénaires, par des millions d'observateurs qui nous ont légué leurs déductions. Il y a forcément de tout : personne ne voit exactement la même chose. Mais c'est justement là sa richesse. Seul demeure stable le principe d'une correspondance entre l'état du système solaire à un moment donné et ce qui se passe sur terre. Mais dans ce cas, il faut comprendre que les planètes ne "demandent" rien, elles sont les aiguilles d'une gigantesque pendule. Ce ne sont pas les réveils sonnant le matin qui nous "influencent jusqu'à nous faire travailler, mais le fait de savoir qu'on doit aller travailler à cette heure là. Le réveil n'y est pour rien. Il ne nous "influence" pas. Il suffit de ne pas le remonter. Ou de ne pas en avoir.

Nous sommes obnubilés, dans ce siècle, par l'idée du libre-arbitre. J'avoue que je ne vois même plus de quoi l'on parle. Nous avons toujours la liberté de devenir ce que nous sommes. Nous ne pouvons pas être autre chose. On peut être soi-même à 100%, ou à 10%, selon l'influence du milieu, voire son écrasement - et là on peut parler d'influence - . Nous pouvons nous prendre pour une panthère alors qu'on est une grenouille. Nul doute que cela pose quelques problèmes à la longue. Mais la vérité est toujours devant nous : nous sommes cette vérité, même si elle nous raconte que nous nous mentons.
Je considère l'astrologue exactement comme un garagiste la mécanique. Il est capable de définir le vehicule, mais ne saura jamais rien du conducteur, sauf qu'il conduit plus où moins bien croyant avoir une Rolls alors qu'à l'évidence il s'agit d'un vélomoteur. Que peut-on faire contre cela ?
L'astrologie peut nous aider à définir clairement les caractéristiques de notre véhicule, c'est évident, puisque ce véhicule est le fruit d'une culture, reposant sur toutes sortes de contraintes, y compris génétiques et familiales, de facilités et de difficultés liées au contexte social. L'erreur serait de nous identifier à cette "chose" et de croire qu'elle n'a pas besoin d'être conduite, qu'elle est en pilotage automatique et que, par conséquent, tout est fatal et qu'il ne reste qu'à subir.
La contradiction de notre époque est de croire d'un côté que l'esprit est le fruit de l'évolution physique (auquel cas, tout est fatal), et de l'autre de clamer au libre-arbitre. Le libre-arbitre pourquoi faire? S'il s'agit seulement de se reproduire et suivre les autoroutes de la grande consommation, aucun libre-arbitre n'est nécéssaire. L'instinct suffit. Et le matraquage publicitaire...
Il faut donc admettre que l'esprit est d'une autre nature que le corps (en fait : les corps car un corps est un ensemble solidaire. La psychologie est aussi un corps), ce qui dépasse le cadre Astrologique.

J'ai l'air de dire assez facilement des choses qu'il m'a fallu trente ans de pratique de terrain et de confrontation théorique pour comprendre (il ne faut pas avoir de famille à entretenir ni d'empire à construire...). Je trouve en effet que l'astrologie est fondamentalement inutile telle que le public l'imagine et l'espère. Elle est un magnifique instrument de connaissance de soi et dans la mesure ou elle permet de s'interroger sur soi-même, indispensable. Mais elle ne pourra jamais remplacer une intelligence qui manque. La plupart du temps, il serait bien plus efficace de prendre les gens dans les bras et leur dire qu'on les aime plutôt que perdre une heure à leur raconter des choses qu'ils ne comprennent pas. Alors qu'ils veulent simplement être rassurés.

Taureau